Jean Prahin

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(extraits d’une biographie écrite par Maurice Jean-Petit-Matile)

Jean Prahin originaire de Correvon VD, est né à Lausanne le 11 mars 1918. Dès son enfance, il parcourt inlassablement Lausanne, sa ville natale, à la recherche du passé, celui qu’il a admiré grâce aux gravures de Ch. Vuillermet. Celles-ci ornaient, avec d’autres artistes de chez nous, la pièce familiale au domicile de sa grand-mère, ce qui devait marquer sa vision d’enfant. Comme les soirées passées à la lecture des petites illustrations françaises avec reproductions des grands Maîtres de la peinture. Il ne faut pas s’étonner qu’après cette formation visuelle, le jeune homme s’oriente vers le dessin et la peinture, un don qu’il se découvre et qu’il s’efforcera de développer. Attiré par les merveilles de la nature, soulignées par la lumière particulière du Lac Léman, il va l’honorer en fixant ses aspects les plus subtils grâce à la peinture.

A 12 ans déjà, il suit les cours de l’Ecole Romande de dessin, créée par le Professeur Delerce. L’un de ses maîtres, J.-P. Chabloz, issu des académies d’art de Genève et Florence, décèle son talent et guide ses premiers pas.

Vers 1933, il lui faut affronter les problèmes matériels de l’existence. La profession de décorateur en bâtiment étant toujours pratiquée, Jean espère en faire son métier. Il est engagé dans un atelier lausannois où l’on pratique de nombreuses disciplines décoratives, dont les spécialités sont la peinture sous verre et la dorure sous toutes ses formes. Il avait souvent l’occasion d’aller à l’atelier Chiara, réputé pour ses vitraux. La proximité des verriers, la soudure à l’étain et son odeur très particulière furent un parcours initiatique et précurseur d’une voie sans doute déjà tracée : celle de l’Art Sacré !

Dès lors, il recherche le contact des artistes, ceux de la bohème lausannoise (Charles Parisod, Victor Gilliand, Albert Bory et Louis Curtat, le merveilleux aquarélliste), que l’on pouvait rencontrer à la « Pomme de Pin », la butte lausannoise !… En 1938, à peine appelé à l’école de recrue à Savatan, éclate la seconde guerre mondiale. Notre jeune homme, porté par sa passion, visite les artistes; Fréréric Rouge le reçoit aimablement dans son atelier d’Ollon où, à la présentation d’une pochade, il lui dit : « Bravo mon garçon, tes ombres sont lumineuses ! ». Il rencontre Ernest Bieler lors de la réalisation d’un petit paysage au Monteiller. C’est ici même, au cœur de Lavaux, que le sort allait le conduire pour devenir le voisin de celui qu’il considérait comme son maître.  C’est en 1946 qu’il se fixe définitivement au lieu dit : « La Paleyre », ce qui lui permet de seconder Bieler dans ses dernières années. Le Maître est pressenti pour réaliser les vitraux de l’Eglise de Chexbres mais il décède en 1948 et la Commission responsable du projet confie à Jean la réalisation des vitraux.

Après une période parisienne où il suit les cours à L’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, à l’atelier Narbonne où il côtoie des grands maîtres tels que Bernard Buffet, Pierre Bichet, Louis Vuillermoz., sans oublier G. Rouault qui va l’initier au symbolisme religieux. Il participe à des expositions de groupe à l’Exposition Nationale de Paris en 1950. Durant cette période, il entreprend plusieurs voyages en province, puis en Espagne et en Algérie, ce qui lui offfre l’occasion de comparer différentes qualités de lumière, un élément auquel il est particulièrement sensible, aussi bien dans le domaine de la peinture que du vitrail.

Quelques années plus tard, il est remarqué par la Commission Internationale de l’Art Liturgique, siégant à Rome, qui lui décerne une médaille d’or en 1956. Cette même année, il épouse Violette, mariage célébré le 26 octobre à Chexbres.

Dès lors, il a l’honneur de recevoir de nombreuses commandes de vitraux, en création ou en restauration. Ses nombreuses réalisations ornent les Eglises de notre pays (une liste exhaustive figure dans le livre « Ses Icônes de verre » à la page 185). Parallèlement, il n’a jamais abandonné la peinture de chevalet, à laquelle il consacre le meilleur de son temps. Il a eu l’honneur de nombreuses expositions tant en Suisse (Lausanne, Berne, Chexbres et Les Diablerets) qu’à l’étranger (Paris, Cannes).

Il décède à son domicile de La Paleyre le 26 avril 2008, quelques jours seulement après un vibrant hommage qui lui a été rendu au Temple de  Payerne pour célébrer ses 90 ans. Sa chère épouse Violette le rejoint, quelques mois plus tard le 1er décembre 2009.

Jean nous a laissé une œuvre considérable aussi bien dans le domaine de l’art pictural que sacré. Il a toujours voulu respecter une certaine éthique de son art, il se proclamait « Le peintre de la tradition poétique et le maître verrier serviteur de la lumière et respectueux de la symbolique du langage divin » !